Conseil National du 7 octobre : Intervention d'Henri Emmanuelli

Publié le par psinfo

Intervention d'Henri Emmanuelli

 

7 octobre 2006

 



Mes chers camarades, j'entendais à l'instant brosser à grands traits la situation de la France. Et je suis préoccupé, je veux le redire ici, par ce qui se passe sur le continent européen, car je ne crois pas que la situation française soit aussi spécifique qu'on veut bien le dire.

Bien sûr, chez nous, il y a les particularités, il y a l'histoire - et l'histoire politique, mais ce que je vois, et je ne crois pas avoir grand mérite à le voir, c'est quand même un mouvement global assez inquiétant.

Que se passe-t-il ? Il se passe que nos sociétés démocratiques développées sont confrontées à une double pression, une pression énorme, presque tectonique.

La première, c'est celle de la mondialisation et de ses conséquences sociales. Sur le plan social, la situation à laquelle nous sommes confrontés est celle d'un phénomène - qu'il est paraît-il démagogique de souligner - mais qui est le très grand danger dans lequel se trouve l'industrie européenne. Car on ne me fera jamais croire que, par des progrès de productivité seulement, on peut rattraper des écarts de salaire de 200 %. Ceux qui essaient de vous faire croire ça sont des irresponsables, et ils se moquent de vous.

C'est donc le premier problème, quand on parle chômage et précarité : celui de cette pression énorme de la mondialisation, ou du libre-échange sans aucune précaution quand on veut être un peu plus précis. On a parfois caricaturé les choses : je ne suis pas de ceux qui croient au retour du protectionnisme, mais je suis de ceux qui croient que, si on ne parvient pas, d'une manière ou d'une autre, à des échanges équilibrés, il y aura des conséquences politiques graves sur le continent européen, et pas seulement en France.

Il y en a une deuxième, mes chers camarades, c'est la pression migratoire. Il ne faut pas se raconter d'histoires. Elle est aussi énorme, elle devient tragique. Nous ne règlerons pas le problème de cette pression sur nos frontières en érigeant des barbelés et en tirant dessus. En tirant sur ces gens, nous tirerions sur nos propres valeurs, nous désagrégerons notre propre société. Donc on ne règlera pas comme ça.

Alors, il y a cette double pression, et j'ai le sentiment que, sous les effets de cette double pression, on a quand même des basculements inquiétants des opinions publiques - je dirais ça comme ça - en Europe, et pas seulement chez nous. Je ne vais pas en faire l'inventaire, parce que vous lisez les journaux comme moi, vous les voyez apparaître, ces mouvements d'extrême droite. Vous voyez surtout que se déclenchent dans les opinions publiques, et à la gauche des opinions publiques, et dans les couches populaires des opinions publiques, des tentations dont les valeurs se situent à l'extrême droite de l'échiquier et pas dans les valeurs humanistes de la gauche. Il ne faut pas se raconter là non plus d'histoires.

Alors, face à cette double pression, la social-démocratie, normalement, devrait avoir un rôle très important, déterminant. Accompagne-t-elle ce mouvement ou se met-elle en travers ?
Le combat-elle ?

J'ai l'impression que la social-démocratie n'a pas très bien choisi, mes chers camarades, elle n'a pas vraiment choisi, et je crains qu'on passe par une période où (je crois que c'est Harlem qui l'a dit) nous ayons d'abord effectivement des coalitions pour essayer de résister à ce mouvement tectonique-là ; puis, dans un second temps, je le crains et j'espère me tromper, rupture de ces coalitions avec le ralliement classique des partis de droite à ceux d'extrême droite. Cela s'est déjà produit. Et cela devrait être normalement la logique des choses.

C'est cette logique que nous devons enrayer, mes chers camarades. Le reste est capital, très important, nous nous sommes lancés dans la désignation d'un candidat ou d'une candidate, mais cette question nous est posée à travers la désignation justement de notre candidate ou de notre candidat, et surtout, nous est posée sur la manière dont nous allons conduire la campagne présidentielle. Je jugerai à l'aune de ce genre de préoccupation, je m'en excuse, il paraît que ça ne va pas assez vite et qu'il faudrait se prononcer rapidement, qu'il faudrait faire des appels, qu'il faudrait signer des listes. Je n'ai pas envie. Je suis comme ça : plus on veut me faire signer, plus je me sens rétif. Mais très franchement, mes chers camarades, c'est ça le genre de préoccupation qui m'animent, et je demande à celles et ceux qui briguent la responsabilité numéro un (je n'aime pas dire " suprême " car il y a une grandiloquence dans tout ça qui commence à devenir un peu fatigante), d'avoir ça en tête. C'est un moment difficile de l'histoire de notre pays et de l'histoire de l'Europe. Et je constate que, dans le débat public, ce n'est pas très présent.

A cette tribune, je voudrais dire ma très grande préoccupation devant les agissements du ministre de l'Intérieur, car j'ai le sentiment, et je le dis tranquillement, que ce monsieur est en train d'essayer de remettre le feu à nos banlieues. J'ai le sentiment que ce monsieur joue la provocation, allume des allumettes, il en a déjà allumé deux, Cachan et Les Mureaux, et que ça va continuer, et que c'est gravissime. Est-ce le rôle d'un ministre de l'Intérieur que d'essayer de mettre le pays à feu et à sang au service de ses intérêts électoraux ? Et on pourrait d'ailleurs ajouter immédiatement que, normalement, le Président de la République devrait prendre ses dispositions pour ne pas exposer le pays à ce genre de risques.

Nous avons cela devant nous, mes chers camarades, nous avons cela autour de nous et j'espère que, dans le débat qui s'annonce et que, comme l'a dit Vincent, nous aurions souhaité plus court et plus tardif, c'est ce genre de préoccupation qui dominera. C'est ce genre d'interrogation qui sera au centre des choses, et pas des considérations qui sont aujourd'hui très présentes, mais qui, à mon avis, ressembleront à des feux de paille.

Donc, mes chers camarades, je me déterminerai en fonction de ce type d'inquiétude, de préoccupation, mais aussi d'espérance, car j'ai espoir que les socialistes ne commettront pas cette fois-ci les erreurs qu'ils ont pu commettre en d'autres époques. On n'est pas là pour suivre ce mouvement, mes chers camarades, on est là pour le combattre.

 

 

 

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